samedi 9 mars 2013

La femme idéale

L’escorte incarne pour le client, qu’elle le veuille ou non, la femme idéale. Ce n’est pas une question de mensurations, ce n’est pas parce que sa beauté est ravageuse (la mienne ne m’a jamais empêchée de traverser les rues unnoticed) ni parce qu’elle est à la fois cultivée et sensuelle, élégante et dévergondée, femme du monde et chienne.
C’est surtout parce qu’elle lui simplifie terriblement la vie. Le client n’a pas envie de passer des mois à séduire avec l’espoir hypothétique de mettre sa « cible » dans son lit. Et quand bien même il y parviendrait, il craint plus que tout la maîtresse qui le harcèlera, mettra son ménage en péril, lui fera des scènes de jalousie. Il l’a parfois déjà vécu.
L’escorte est toujours (du moins en principe) disponible, souriante, de bonne humeur, et, qualité suprême, prête à se faire baiser dix (voire cinq) minutes après avoir échangé le bonjour. Elle ne fait pas de remarques acerbes sur les petites faiblesses du client, elle aurait même tendance à le flatter. Elle n’attend pas de lui qu’il la fasse grimper au rideau, elle ne lui met pas la pression avec le point « G » et ne réclame pas de juste réciprocité dans les gâteries. Elle n’attend pas de petites attentions, de lettres enflammées, de coups de fils interminables, de cadeaux hors de prix, de week-end en Relais & Châteaux. Elle n’est pas là non plus pour rappeler qu’il y a les impôts à payer et la petite dernière à emmener chez le dentiste, et qu’on a les Lambert à dîner samedi soir.
Elle est l’Amante, celle avec laquelle il ne partage que des moments agréables, des parenthèses hors du temps et des contraintes de la vie quotidienne. Il se repose auprès d’elle des rôles qu’il joue dans la vie sociale. Il peut se montrer faible, lui le manager, le responsable, le « chef ». Il peut être drôle, celui que tout le monde craint. Il peut retourner en enfance, ce ponte que tout le monde vénère. Il peut même, si l’envie l’en prend, être sentimental et tendre, ce gros dur sur lequel tout le monde compte.
Elle est la femme idéale mais surtout la Femme, réduite à sa féminité la plus pure et à ses attributs les plus caricaturaux. Son image alimentera ses fantasmes quand, revenu à la vie réelle, il repensera à elle et à leurs ébats. Il ne l’a jamais vue faire ses courses ni traîner en vieux jogging, il ne sait pas à quoi elle ressemble quand elle a mal au ventre ou qu’elle pique une colère. Il s’éprend d’une illusion.


vendredi 15 février 2013

Comédie humaine

Un trader, un agent immobilier, un chercheur en biologie moléculaire, quelques experts-comptables, un architecte, deux journalistes, un étudiant, un écrivain, des responsables informatique, un publicitaire, un avocat, des banquiers, un ancien militaire, deux scénaristes, un diplomate, one hedge funds manager… comment, dans une petite vie toute simple d’employée de bureau, aurais-je pu rencontrer tous ces hommes-là, et avoir la chance d’entrer (un petit peu) dans leur univers ?
Comment, en si peu de temps, aurais-je pu croiser la route d’un chasseur de papillons, d’un ancien pilote de F1, d’un organisateur de festival de jazz, d’un collectionneur de Calder, d’un archéologue, de plusieurs grands connaisseurs de vin, d’un amateur d’incunables, d’un aviateur, d’un passionné d’opéra ?
Ce kaléidoscope de personnalités, de goûts, d’expériences est d’une richesse qu’on ne peut connaître dans la vie « réelle ». Bien sûr, on pourra m’objecter que pour pouvoir vraiment faire mon Balzac, en plus du talent, il me faudrait fréquenter des balayeurs, des immigrés sans papiers, et même un instituteur ou un aide-soignant, pour connaître leurs vies à eux aussi.
Mais, heureusement, je ne cherche pas l’exhaustivité – juste la diversité.


vendredi 8 février 2013

Ce qu'il me faut, Alfred de Musset



Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours, et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux ;
Des paroles du coeur vantez-nous la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !
Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie,
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Vous étreint et vous mord !
C’est une femme ardente autant qu’une Espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme un fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !
C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Le regard embrasé d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleine mains !
Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau,
Qui n’osent de leurs doigts vous toucher, ou rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau !
Non, vous ne valez pas, ô tendres jeunes filles
Au teint frais et si pur caché sous la mantille
Et dans le blanc satin,
Non, dames du grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

Alfred de Musset

mardi 8 janvier 2013

Incomparable

C’est une des grandes joies de l’escorting.
Jamais je crois, dans toute une vie de femme « normale », on ne peut recevoir autant de compliments. Ce qui m’ont été dits ou écrits suffiraient à me remonter le moral les jours de blues au moins jusqu’à mes 80 ans.
Impossible de douter de soi quand, au lendemain d’un rendez-vous, on trouve un petit message : « merci pour ce moment magique, vertigineux », « je suis encore sous le charme et l'excitation de cette merveilleuse nuit », « vous êtes  magicienne », « j'ai découvert une femme délicieusement sensuelle dont j'apprécie la culture et le raffinement » ou encore « cette soirée reste un lumineux souvenir ».
Dans l’intimité, l’un a loué mon « cul de reine », l’autre a trouvé mes petits seins superbes (et m’a interdit de leur faire quoique ce soit), celui-là adorait mon port de tête altier, l’autre ma démarche féminine et mystérieuse…
Même les défauts qui nous obsèdent trouvent soudain leur défenseur et l’on se dit qu’il est bien inutile finalement de vouloir se mettre à la gym ou de passer aux lentilles.
Il y a de quoi tourner la tête…
Mais tout cela n’est rien par rapport au « shoot » d’orgueil que nous procure la lecture de la première revue ou plan ou EV. Le punter (ou client) qui s’arroge le mérite de vous avoir découverte ne peut que vous décrire comme la 8e merveille du monde. Et vous y croyez. Vous avez bien un peu de mal à vous reconnaître dans le portrait de cette femme si belle et si experte dans les jeux de l’amour, mais bon, il doit bien s’agir de vous quand même, un ou deux détails le prouvent, et puis c’est bien votre pseudo. Sans compter qu’un autre punter, qui lui voulait garder sa découverte secrète, se précipite pour ajouter qu’il vous a  aussi rencontrée et qu’il confirme ce qu’a dit le précédent – ou plutôt il en rajoute une petite louche, histoire de se démarquer un peu. « Avec moi, elle a fait ceci, mais elle ne le fait pas avec tout le monde… » « moi je connais son prénom, mais n’essayez pas de lui demander, il faut respecter sa vie privée ».
Parfois on assiste à une véritable surenchère, surtout lorsqu’un punter à belle plume laisse délirer celle-ci sur les charmes de votre minois ou sur vos courbes envoûtantes.
« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute… ».
Telle la Roxane de Cyrano, je me laissais bercer par ces beaux discours. Jusqu’au jour où je me suis aperçue que d’autres escortes avaient aussi leurs revues. Tiens, c’est drôle, avec les mêmes punters, empruntant quasiment les mêmes mots…
Tout d’un coup vous lisez : « je n’ai jamais rencontré d’escorte se donnant de manière aussi intense » ou « j’ai passé l’heure la plus exquise qu’il m’ait été donné de vivre dans les relations vénales »… mais il ne s’agit plus de vous.
Pourtant, ils disaient que vous étiez incomparable.. jusqu’à ce qu’ils en trouvent une autre, tout autant… incomparable ;)

samedi 3 novembre 2012

Métamorphose

Bien que j’y sois rarement obligée, j’aime bien changer de tenue avant un rendez-vous. C’est souvent assez acrobatique, c’est cela qui m’amuse justement. Je sors du bureau, j’entre dans un café et, peu après avoir commandé, je descends aux toilettes avec mon petit sac sous le bras. Là, je déballe tout et entreprends la Grande Transformation : le pantalon tombe, j’enfile les bas neufs (en faisant attention à ne pas les filer), je change de dessous – et me tortille parfois pour agrafer seule ma guêpière. Les ballerines cèdent la place aux escarpins (quand ce n’est pas aux talons aiguille). Je me faufile dans ma robe, range mes affaires avant qu’une impatiente ne vienne frapper à la porte et je sors me faire une beauté devant la glace du lavabo. Mes yeux s’ombrent, ma bouche rougit, le parfum se fait capiteux. En quelques minutes – je suis devenue experte en la matière – je suis méconnaissable, et il n’est pas rare que le serveur me regarde avec étonnement quand j’émerge à nouveau devant mon verre de vin blanc. J’aurais pu faire espionne, me suis-je souvent dit, alterner les perruques blondes à la Marilyn ou brunes à la Louise Brook, passer de la discrète employée de banque à la flambloyante star de cinéma… Mais parfois je me fais penser aussi à la version féminine de superman, qui se change en un clin d’œil dans une cabine téléphonique. Surtout la fois où, n’ayant plus le temps de trouver un café, j’ai procédé à cette métamorphose dans le hall d’un immeuble, en priant pour que personne n’ouvre la porte à ce moment précis.


samedi 15 septembre 2012

Fantasme

Fiction. Toute ressemblance...

Elle arrive, habillée d'un tailleur très classique, d'un chemisier sage boutonné, de dessous simples mais avec porte-jarretelles et bas, à l'ancienne. C'est une bourgeoise qui a accepté un rendez-vous à l'aveugle avec un inconnu. Inconnu croisé au détour d'un forum internet, sur un site de rencontres... peu importe. C'est la première fois qu'elle fait cela, elle n'en revient pas de son audace. Elle est sur le point de faire demi-tour, terrorisée mais son frisson est ambigu... elle doit reconnaître qu'elle mouille déjà, à l'idée de ce qui l'attend. Elle ne sait pas ce qui l'attend, justement, peut-être le pire, peut-être fera-t-elle la Une des journaux demain, « Crime sordide au Grand Hôtel », et tous ses proches se demanderont ce qu'elle pouvait bien faire là à cette heure de la journée... dans quel but... Mais non, elle est folle, il ne va rien lui arriver de mal. Elle a décidé de faire confiance à cet homme dont elle n'a jamais vu le visage, de se donner entièrement à lui. Il est trop tard pour faire machine arrière. Elle s'assied sur le lit et pose sur ses yeux le loup qu'il lui a demandé d'apporter. 

Elle entend les coups de sa respiration affolée, pendant de longues minutes, puis des pas qui se rapprochent, une clé dans la serrure, il est là, dans la chambre. Que va-t-il se passer ? Elle le sent debout à ses côtés, la surplombant, la détaillant, elle frémit de ne pas être à son goût. Sans dire un mot, il glisse son doigt sur ses lèvres, puis son cou. Il marque une pause et descend doucement entre les deux seins par l'échancrure de son chemisier. Il ouvre très lentement un bouton, puis deux, et un troisième. Il guette ses réactions, vérifie qu'elle se laisse bien faire sans bouger, comme il le lui a ordonné. Satisfait de se voir obéi, il s'écarte alors pour aller chercher un objet. Lorsqu'il revient, elle réalise qu'il lui lie les pieds. De nouveau, elle prend peur, se reproche d'être inconsciente mais se laisse glisser dans une passivité voluptueuse. Elle n'est pas étonné quand il lui lie également les mains. A présent tout peut m'arriver, peu importe, j'aurais vécu ce moment d'une intensité folle, se dit-elle. Ainsi entravée, elle lui est totalement offerte. Il va pouvoir jouer avec elle, l'utiliser comme une poupée docile, la rendre esclave de son désir à lui. 

Il commence par ouvrir en entier le chemisier et sortir les seins de leurs dentelles. Ceux-ci ont un air obscène ainsi, comme gonflés artificiellement. Il relève la jupe et fait glisser sa culotte. Elle se dit en rougissant qu'il va pouvoir constater qu'elle mouille... et en effet, il plonge un doigt dans sa chatte déjà trempée. Mais il le retire et introduit un autre objet – elle se demande de quoi il s'agit, légume ou sex-toy ? Quand il met en marche les vibrations elle a la réponse, mais n'en est pas moins confuse. La voici livrée aux appétits lubriques d'un homme dont elle ne sait rien, un gode enfoncé dans la chatte, comme la dernière des salopes ! Que dirait son chef, s'il la voyait ? Son mari ? Elle, si respectable et respectée ! Elle veut au moins se retenir de jouir mais l'orgasme monte à son corps défendant... 

Sauf que l'inconnu en a décidé autrement. Il l'amène au bord et s'interrompt brusquement. Aussi brusquement, une queue s'introduit dans sa bouche, sans ménagements. Elle s'en étouffe presque, mais elle n'a pas d'autre choix que de sucer cette grande et grosse queue impérieuse. Elle y prend goût, cela l'excite presque autant que le gode dans sa chatte tout à l'heure. Si elle pouvait se caresser en ce moment, elle exploserait, elle en est sûre. Mais ses mains restent liées, le rythme imposé par la main qui presse sa nuque. Puis il lui retire la queue aussi. Elle reste pantelante sur le lit, seule, inutile soudain. La porte claque. Elle demeure seule un bon moment, puis entend de nouveau la porte. Il est revenu – lui, ou peut-être un autre ? Et s'ils étaient plusieurs ? Elle ne sait plus si elle craint ou si elle espère. 

Des mains la basculent ventre contre le lit, fesses surélevées par un coussin, insolentes, offertes. Des mains lui empoignent ses fesses charnues, fesses de « vraie femme » comme on lui a parfois dit, et tout à coup un coup les cingle – la cravache a fendu l'air. Quelques coups seulement, pour leur donner une jolie couleur rosée. La légère brûlure est délicieuse. De nouveau elle attend. En a-t-il déjà fini avec elle? Pourvu que non, se dit-elle, tout en redoutant la suite. Il revient en effet, le membre dressé, prêt à l'enfiler. Elle est étroite, les jambes entravées de cette manière, mais il trouve son chemin. Il pourrait aussi bien les lui délier et les attacher aux deux coins du lit pour l'écarteler. Il la prend sans ménagements, guidé seulement par son plaisir viril, indifférent à ses sensations à elle, et pourtant, c'est ainsi qu'elle a toujours rêvé d'être prise, justement. Elle jouit en de longs spasmes et en l'inondant de cyprine. Il la rejoint dans l'extase peu après. 

Il la détache alors. Elle a toujours le bandeau. D'un doigt, il trace sur son ventre les lettres M, E, R, C, I. Elle ne bouge pas, mais fait signe de la tête qu'elle a compris. La porte claque, elle est de nouveau seule dans la chambre.

samedi 30 juin 2012

La Courtisane amoureuse, Jean de la Fontaine

Je veux conter comme une de ces femmes
Qui font plaisir aux enfants sans souci
Put en son coeur loger d'honnêtes flammes.
Elle était fière, et bizarre surtout.
On ne savait comme en venir à bout.
Rome c'était le lieu de son négoce.
Mettre à ses pieds la mitre avec la crosse
C'était trop peu; les simples Monseigneurs
N'étaient d'un rang digne de ses faveurs.
Il lui fallait un homme du Conclave;
Et des premiers, et qui fût son esclave;
Et même encore il y profitait peu,
A moins que d'être un cardinal neveu.
Le Pape enfin, s'il se fût piqué d'elle,
N'aurait été trop bon pour la donzelle.


De son orgueil ses habits se sentaient.
Force brillants sur sa robe éclataient,
La chamarrure avec la broderie.
Lui voyant faire ainsi la renchérie ,
Amour se mit en tête d'abaisser
Ce coeur si haut; et pour un gentilhomme
Jeune, bien fait, et des mieux mis de Rome,
Jusques au vif il voulut la blesser.

Jean de la Fontaine (extrait)

dimanche 2 octobre 2011

Chéri de Colette (1920)

“Léa! Donne-le-moi, ton collier de perles! Tu m’entends, Léa? Donne-moi ton collier!”
Aucune réponse ne vint du grand lit de fer forgé et de cuivre ciselé, qui brillait dans l’ombre comme une armure.
“Pourquoi ne me le donnerais-tu pas, ton collier? Il me va aussi bien qu’à toi, et même mieux!”
Au claquement du fermoir, les dentelles du lit s’agitèrent, deux bras nus, magnifiques, fins au poignet, élevèrent deux belles mains paresseuses.
“Laisse ça, Chéri, tu as assez joué avec ce collier.”
– Je m’amuse.... Tu as peur que je te le vole?"
Devant les rideaux roses traversés de soleil, il dansait, tout noir, comme un gracieux diable sur fond de fournaise. Mais quand il recula vers le lit, il redevint tout blanc, du pyjama de soie aux babouches de daim.
“Je n’ai pas peur, répondit du lit la voix douce et basse. Mais tu fatigues le fil du collier. Les perles sont lourdes.”
– Elles le sont, dit Chéri avec considération. Il ne s’est pas moqué de toi, celui qui t’a donné ce meuble."
Il se tenait devant un miroir long, appliqué au mur entre les deux fenêtres, et contemplait son image de très beau et très jeune homme, ni grand ni petit, le cheveu bleuté comme un plumage de merle. Il ouvrit son vêtement de nuit sur une poitrine mate et dure, bombée en bouclier, et la même étincelle rose joua sur ses dents, sur le blanc de ses yeux sombres et sur les perles du collier.
“Ôte ce collier, insista la voix féminine. Tu entends ce que je te dis?"”
Immobile devant son image, le jeune homme riait tout bas :
“Oui, oui, j’entends. Je sais si bien que tu as peur que je te le prenne!
– Non. Mais si je te le donnais, tu serais capable de l’accepter.”
Il courut au lit, s’y jeta en boule :
"Et comment! Je suis au-dessus des conventions, moi. Moi je trouve idiot qu’un homme puisse accepter d’une femme une perle en épingle, ou deux pour des boutons, et se croie déshonoré si elle lui en donne cinquante....
– Quarante-neuf.
– Quarante-neuf, je connais le chiffre. Dis-le donc que ça me va mal? Dis-le donc que je suis laid?"
Il penchait sur la femme couchée un rire provocant qui montrait des dents toutes petites et l’envers mouillé de ses lèvres. Léa s’assit sur le lit :
“Non, je ne le dirai pas. D’abord parce que tu ne le croirais pas. Mais tu ne peux donc pas rire sans froncer ton nez comme ça? Tu seras bien content quand tu auras trois rides dans le coin du nez, n’est-ce pas?”
Il cessa de rire immédiatement, tendit la peau de son front, ravala le dessous de son menton avec une habileté de vieille coquette. Ils se regardaient d’un air hostile; elle, accoudée parmi ses lingeries et ses dentelles, lui, assis en amazone au bord du lit. Il pensait : "Ça lui va bien de me parler des rides que j’aurai." Et elle : "Pourquoi est-il laid quand il rit, lui qui est la beauté même?" Elle réfléchit un instant et acheva tout haut sa pensée :
"C’est que tu as l’air si mauvais quand tu es gai.... Tu ne ris que par méchanceté ou par moquerie. Ça te rend laid. Tu es souvent laid.
– Ce n’est pas vrai!" cria Chéri, irrité.
La colère nouait ses sourcils à la racine du nez, agrandissait les yeux pleins d’une lumière insolente, armés de cils, entrouvrait l’arc dédaigneux et chaste de la bouche. Léa sourit de le voir tel qu’elle l’aimait révolté puis soumis, mal enchaîné, incapable d’être libre;– elle posa une main sur la jeune tête qui secoua impatiemment le joug. Elle murmura, comme on calme une bête :
"Là ... là.... Qu’est-ce que c’est ... qu’est-ce que c’est donc...."
Il s’abattit sur la belle épaule large, poussant du front, du nez, creusant sa place familière, fermant déjà les yeux et cherchant son somme protégé des longs matins, mais Léa le repoussa :
"Pas de ça, Chéri! Tu déjeunes chez notre Harpie nationale et il est midi moins vingt.
– Non? je déjeune chez la patronne? Toi aussi?
Léa glissa paresseusement au fond du lit.
"Pas moi, j’ai vacances. J’irai prendre le café à deux heures et demie– ou le thé à six heures– ou une cigarette à huit heures moins le quart.... Ne t’inquiète pas, elle me verra toujours assez.... Et puis, elle ne m’a pas invitée."
Chéri, qui boudait debout, s’illumina de malice :
"Je sais, je sais pourquoi! Nous avons du monde bien! Nous avons la belle Marie-Laure et sa poison d’enfant!"
Les grands yeux bleus de Léa, qui erraient, se fixèrent :
"Ah! oui! Charmante, la petite. Moins que sa mère, mais charmante.... Ôte donc ce collier, à la fin.
– Dommage, soupira Chéri en le dégrafant. Il ferait bien dans la corbeille."
Léa se souleva sur un coude :
"Quelle corbeille?
– La mienne, dit Chéri avec une importance bouffonne. MA corbeille de MES bijoux de MON mariage...."
Il bondit, retomba sur ses pieds après un correct entrechat-six, enfonça la portière d’un coup de tête et disparut en criant :
"Mon bain, Rose! Tant que ça peut! Je déjeune chez la patronne!
– C’est ça, songea Léa. Un lac dans la salle de bain, huit serviettes à la nage, et des raclures de rasoir dans la cuvette. Si j’avais deux salles de bains...."
Mais elle s’avisa, comme les autres fois, qu’il eût fallu supprimer une penderie, rogner sur le boudoir à coiffer, et conclut comme les autres fois :
"Je patienterai bien jusqu’au mariage de Chéri."
Elle se recoucha sur le dos et constata que Chéri avait jeté, la veille, ses chaussettes sur la cheminée, son petit caleçon sur le bonheur-du- jour, sa cravate au cou d’un buste de Léa. Elle sourit malgré elle à ce chaud désordre masculin et referma à demi ses grands yeux tranquilles d’un bleu jeune et qui avaient gardé tous leurs cils châtains. A quarante-neuf ans, Léonie Vallon, dite Léa de Lonval, finissait une carrière heureuse de courtisane bien rentée, et de bonne fille à qui la vie a épargné les catastrophes flatteuses et les nobles chagrins. Elle cachait la date de sa naissance; mais elle avouait volontiers, en laissant tomber sur Chéri un regard de condescendance voluptueuse, qu’elle atteignait l’âge de s’accorder quelques petites douceurs.

vendredi 17 juin 2011

Homo Erectus, de Tonino Benacquista

Le titre est trompeur, volontairement sans doute. On s’attend à lire les prouesses d’un surdoué du sexe, d’un Don Juan infatigable, et c’est l’Homme, avec toutes ses fragilités, toutes ses failles, qui nous est montré. Montré à « nous » les Femmes, car je pense que ce livre est d’abord destiné aux lectrices et qu’il a pour but de torpiller quelques-unes de leurs certitudes, de leur faire porter un regard neuf sur cette espèce à la fois si proche et si étrange.

Nous entrons donc comme en « caméra cachée » dans ce cercle, cette confrérie très spéciale où les hommes de toutes classes sociales se retrouvent pour livrer leurs histoires, déballer leurs déboires amoureux ou partager leur bonheur.
Ces histoires sont variées, étonnantes, émouvantes aussi. On suit particulièrement trois d’entre elles, trois personnages que rien de rapproche si ce n’est le fait d’avoir souffert par la femme – et de souffrir encore.
Ce livre serait déjà intéressant s’il n’abordait en outre le sujet qui nous occupe ici. Et là encore, ceux qui s’attendent aux clichés seront sans doute déstabilisés de voir un homme encore jeune et beau, du genre « qui n’a jamais eu besoin de payer pour ça », claquer toutes ses économies en escortes, s’approchant au plus près de la vérité des femmes.
Yves va explorer pendant un an un continent inconnu, avoir plus de maîtresses qu’il n’en aurait eu la vie « normale » qu’il était censé mené si un petit accident tout bête ne l’en avait dévié, entrer dans l’intimité de quelques-unes, et se composer un harem idéal de favorites variées et attachantes. Il va aussi, en chemin, se réconcilier avec l’idée de l’Amour.
Malgré la fin bêtement moralisatrice – Yves offrant à chacune de ses favorites la possibilité matérielle de « changer de vie », comme si elles subissaient finalement leur sort et n’étaient pas capables d’en changer elles-mêmes – cet ouvrage offre une nouvelle vision de la prostitution, en évitant les écueils de la caricature, du voyeurisme et du misérabilisme (auquel n’échappe pas la série récente Maison close, ainsi, semble-t-il, que le film primé à Cannes, L’Apollonide).
De très beaux passages décrivent des rendez-vous vénaux qui paraîtront peut-être idéalisés à certains, mais pas à ceux qui ont eu la chance d’en vivre de semblables.


Extraits (pour vous mettre l’eau à la bouche) :

-          Outside.
-          Outside ?
 Elle le toisa avec une lueur de doute et craignit un plan scabreux. elle en avait trop subi pour ne pas redouter l’imagination perverse du client.
-         Wher, outside ? Ja nie moge sobie pozwolié na chryje z policjantami !
Il devina le dépravé qu’elle voyait en lui, et la rassura d’un mot qu’il pensait universel :
-         Pique-nique.


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Tu sais, l'avantage d'une pute, c'est pas tant qu'elle fasse tout ce que tu veux, mais qu'elle s'en aille juste après.

Les Amies de pension - Villiers de l'Isle-Adam, 1888

Filles de gens riches, Félicienne et Georgette furent insérées, tout enfants, en ce célèbre pensionnat tenu par Mlle Barbe Desagrémeint.
Là, - bien que les dernières gouttes de lait du sevrage transparussent encore sur leurs lèvres, - une conformité de vues, touchant les riens sacrés de la toilette, les unit, bientôt, d'une amitié profonde. Leurs âges similaires, leur charme de même genre, la parité d'instruction sagement restreinte qu'elles reçurent ensemble cimentèrent ce sentiment. - D'ailleurs, ô mystères féminins! tout de suite, à travers les brumes de l'âge tendre, elles s'étaient reconnues, d'instinct, comme ne pouvant se porter ombrage.
De classe en classe, elles ne tardèrent pas à notifier, par mille nuances de maintien, l'estime laïque d'elles-mêmes qu'elles tenaient des leurs: le seul sérieux avec lequel elles absorbaient leurs tartines, au goûter, l'indiquait. En sorte que, presque oubliées de leurs proches, elles atteignirent, à peu près simultanément, la dix-huitième année, sans qu'aucun nuage eût jamais troublé l'azur de cette sympathie, - que, d'une part, solidifiait l'exquis terre-à-terre de leurs natures, et que, d'autre part, idéalisait, s'il se peut dire, leur "honnêteté" d'adolescentes.
Soudainement, la Fortune ayant conservé son déplorable caractère versatile et rien n'étant stable, ici-bas, même dans les temps modernes, l'Adversité survint. Leurs familles, radicalement ruinées, en moins de cinq heures, par le Krach, durent les retraire; à la hâte, de la maison Desagrémeint, - où, d'ailleurs, l'éducation de ces demoiselles pouvait être considérée comme achevée.
On essaya, tout aussitôt, de les marier, comme suprême ressource, par voie d'annonces, la seule risquable, sans trop de folie, en cette disgrâce. On dut vanter, en typographie adamantine, leurs "qualités du cœur", le piquant de leurs figures, le montant de leur gentillesse, leurs tailles, même leurs goûts réfléchis, leurs préférences pour l'intérieur; on alla jusqu'à imprimer qu'elles n'aimaient que les vieillards. - Nul parti ne se présenta.
Que faire?... "Travailler?..." Cliché peu persuadeur - et de pratique malaisée!... Une tendance portait, il est vrai, Georgette vers la confection; quelque chose, aussi, eût poussé Félicienne vers l'enseignement; - mais il eût fallu l'introuvable! savoir ces premiers débours d'outillage, d'installation, - débours que (toujours vu cette friponne d'Adversité!) leurs parents ne pouvaient plus avancer qu'en rêve! De guerre lasse, toutes deux, ainsi qu'il arrive trop souvent dans les grandes villes, s'attardèrent, un même soir, tout à coup, - jusqu'au lendemain midi et demi.
Alors, commença la vie galante, - fêtes, plaisirs, soupers, amours, bals, courses et premières! L'on ne voyait plus ses familles que pour offrir de petits services, - par exemple, des billets de faveur; quelque argent.

La suite sur Wikisource...

mardi 26 avril 2011

La vraie Courtisane

Je ne croyais pas que cela existait… j’ai même longtemps pensé que c’était un mythe. Peut-être est-ce plutôt un phénomène comme les comètes qui passent dans le ciel tous les 10 ou 20 ans. Je me ferais astronome avec plaisir…
Quand je pense à elle, à cette incroyable distinction, à ce port de tête, à cette élégance naturelle, je me demande si elle ne serait pas une princesse qui s’amuserait, telle Marie-Antoinette jouant à la bergère, à vivre quelques temps la vie d’une escorte pour voler plus tard vers d’autres aventures, encore plus glorieuses peut-être, plus folles qui sait ? je la crois capable de tout.
On l’a comparée devant moi à un instrument, assurément c’est un Stradivarius, ce qui suppose d’être un artiste pour la faire vibrer.
Je n’en reviens pas de la savoir si jeune et de la trouver déjà si experte… le vers de Baudelaire me revient sans cesse en pensant à elle :  « Et la candeur unie à la lubricité »…
Sa sensibilité, certainement, sa curiosité, sans aucun doute, ont d’abord suppléé à l’expérience, qui les rattrape et les complète sans les dénaturer.
Je comprends à présent ces clients qui écrivent comme à regret leur EV en terminant pas « ne l’abîmez pas » ou « prenez soin d’elle »… même si elle est certainement très capable de se protéger elle-même. 
Je comprends ceux qui ne veulent pas écrire, préfèrent garder pour eux leur « perle rare ». 
Je comprends aussi ceux qui ont besoin de s’épancher, de partager la joie d’un moment rare. 
Merci, Mlle G. : grâce à vous, je suis vraiment passée de l’autre côté du miroir….

mercredi 23 février 2011

Varia

Âgée de 18 à 26-27 ans, au minimum 1m75 pour 55 kg maximum, des jambes interminables, un sourire éclatant, des yeux de biche, une chevelure tombant en cascade sur une poitrine « avantageuse »... Doctorante en philo ou histoire de l'Art, trilingue, lisant Goethe dans le texte, une garde-robe équivalente à mon salaire annuel, assidue des salons de beauté...

Voilà comment je m'imaginais une escorte ou, car je ne connaissais pas encore ce terme, une call-girl. Je ne pouvais pas croire qu'il soit possible de réussir dans cette activité sans correspondre à ce cahier des charges. Qui serait assez fou, me disais-je alors, pour payer cher (très cher) une femme comme moi, la trentaine passée, pas spécialement mince sans pouvoir prétendre être « voluptueuse » ? Aurais-je pu deviner qu'il y avait un créneau pour les « girls next door », celles qui font penser à la collègue ou à la DRH, que ce genre banal pouvait générer plus de fantasmes que les poupées des magazines ?

En découvrant l'escorting, c'est tout un continent du désir masculin qui s'est ouvert devant moi. Bien loin d'être aussi stéréotypé qu'on veut nous le faire croire, le spectre de celui-ci est incroyablement large.
Des très jeunes (les fameuses « étudiantes » voire prétendues « lycéennes ») aux beaucoup moins jeunes (les « matures »), des très minces -limite anorexiques- aux très girondes (les « BBW »), des canons aux filles passe-partout, voire « pas-très-jolies-mais-qui-sucent-si-bien », des potiches aux intellos, il y en a, vraiment, pour tous les goûts.

Et cela permet à des femmes de tous genres et de tous âges d'être recherchées pour ce qu'elles ont de mieux, fut-ce ce qui semblerait un défaut aux yeux des autres.
Toutes celles qui sont complexées, que leur mari ne regarde plus, devraient faire un stage d'escorting. Elles trouveraient assurément leur quota d'admirateurs éperdus et auraient un égo regonflé pour au moins dix ans.
C'est sans doute un constat rassurant sur la nature humaine et celle de l'Homme en tant que genre.
Mais parfois il m'arrive encore de regretter un peu que mon escorte idéale, ma call-girl de compétition, ne soit qu'un mythe... parce que j'aurais bien aimé, moi, la rencontrer.


Boy

Il s'assied près de moi et me décoche son plus beau sourire. Ses muscles bien dessinés se devinent sous son T-shirt moulant. Il est grand et fort, visiblement sûr de son charme. « Vous venez souvent ici ? Vous avez raison, il faut savoir se faire plaisir » approuve-t-il d'un air complice.
Il est prévenant, propose d'aller me chercher un verre ou quelque chose à grignoter. Je sais qu'il est payé pour ça, mais pour un peu je croirais presque que ce que je lui raconte le passionne réellement et que, s'il m'a suivie jusqu'à la table du restaurant, c'est parce qu'il a craqué pour mes yeux ou mon sourire. Je dois me rappeler qu'il en a vu tellement se succéder, qu'il doit être endurci à ce genre de chose. Tous les jours arrivent nouvelles clientes, il doit être blasé. Il le cache bien cependant, continuant à me donner l'impression d'être l'unique objet de son attention.

Ah ça, question recrutement ici ils sont doués, ils mettent la barre haut, il n'y a pas à dire, je féliciterai le responsable. J'ai l'impression de me voir dans un miroir, en homme : moi aussi, j'arrive à trouver de l'intérêt dans des passions qui a priori me sont totalement étrangères, moi aussi je sais flatter juste ce qu'il faut, et ce regard ambigu, c'est moi qui l'ai inventé, tricheur !

Ses talents au lit sont-ils à la mesure de ses social skills ? Comment fait-il l'amour, ce grand gaillard ? Je l'imagine nu, je me représente ses fesses, son sexe dressé, pendant qu'il picore sa salade.
Je suce rêveusement ma cuillère de mousse au chocolat en plongeant mon regard dans ses yeux bleus. Je songe à la suite, après le dîner. Nous irons sans doute danser, peut-être me prendra-t-il par la taille et ondulera-t-il du bassin contre le mien... je pourrais me laisser griser par les cocktails...
Me glissera-t-il quelques mots coquins à l'oreille ? Sa main s'attardera-t-elle sur mes hanches ?
Mais il n'y aura guère plus, je le sais.

Le formule « All inclusive » ne comprend pas la nuit avec un G.O.


lundi 6 décembre 2010

Dionysos

Nul ne sait comme lui célébrer la beauté féminine : louer nos courbes, la douceur de notre peau et jusqu’à nos parfums intimes qui, dit-il, l’enivrent. Il se mettrait à genoux devant une statue de chair, et parfois je me demande s’il ne se satisferait pas de nous regarder, de nous humer.
Son antre est chaleureux, on s’y sent tout de suite chez soi – meubles luisants, tapis bigarrés, miroirs, livres anciens, vagues senteurs de l'ambre… là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Il rappelle les périples lointains que le propriétaire des lieux, lorsqu’on l’en prie un peu, aime évoquer longuement… Ses récits nous font parcourir l’Afrique, l’Amérique du Sud, trembler et rêver…
Il sait nous attirer, ses mots sont des caresses qui préparent ou prolongent le moment des retrouvailles. Il n’oublie pas de flatter notre gourmandise et connaît le péché mignon de chacune des belles de son harem…
Car s’il a le talent de nous faire sentir unique le temps d’une soirée, il n’en a pas moins un véritable harem, dont il associe parfois les membres pour des soirées dignes des fêtes antiques, de véritable agapes où le vin (ou le champagne) coule à flots, où les mets sont de choix, et où Lesbos lui offre un spectacle délectable…



Il ne déteste pas non plus jouer simplement les entremetteurs, faisant se rencontrer deux complices, la métisse africaine et l’asiatique, la jeune fille et la femme mûre, pour des initiations ou des partages, des massages qui dégénèrent et des surprises qui déroutent.
Il va jusqu’à emmener en voyage l’une ou l’autre, ou même les deux (je me suis laissée dire qu’il y en eût parfois encore plus…), se fait Cicerone, compagnon des plus plaisants, communiquant ses enthousiasmes, incitant par son exemple au Carpe Diem.
Il aurait dû naître à l’époque antique, au bord de la Méditerranée, et vivre de vin, de soleil et d’amours variés. Je l’imagine couronné de lierre, une grappe de vigne à la main, entouré par ses Ménades et organisant avec elles des Mystères sulfureux.
A défaut, dans notre triste XXIe siècle, il sait enchanter des moments particuliers, hors du temps, et se faire le chantre d’une féminité qui lui doit tout, car tel Pygmalion, c’est bien son regard, ses caresses et ses mots qui nous créent, nous qui ne sommes qu’argile molle entre ses mains.

dimanche 7 novembre 2010

Signe particulier : escorte

Les courtisanes vénitiennes avaient leurs fameuses mèches d'un blond-roux, les geishas nouent leur obi dans le dos et leur chignon en « pêche fendue »
Au XIXe, les lorettes portaient souvent un châle jaune ou une robe aux couleurs vives (comme dans ce récit).
A toute époque les femmes qui ton fait commerce de leur charme avaient un signe distinctif, qu’il leur soit imposé par les autorités soucieuses d’ordre public ou qu’elles s’en servent comme « carte de visite » pour ne pas laisser de doute sur la nature de leurs activités.
Aujourd’hui, rien ne permet de repérer une escorte dans la ville. Si vous faites le pari que cette grande liane blonde aux talons de 15 cm et en minijupe, au bar d'un grand hôtel, en est une, je n’y mettrais quant à moi pas ma main au feu. Le style « pute » a fait des émules… la mode s’en est emparée ces dernières années et l’habit ne fait plus le moine...
D’autre part j’ai tendance à penser que les vraies escortes essaient plutôt de se faire discrètes, d’abord pour elles, pour se protéger, ensuite souvent à la demande de leur compagnon d’un soir qui ne tient pas à ce que tout le monde devine les modalités de leur relation.
Parfois, je me dis avec une pointe de regret que, même quand je me rends à un rendez-vous, toute apprêtée, personne ne peut deviner…
Le seul moment finalement où nous avons le sentiment de faire partie d’une autre « caste » est un moment que je ne trouve pas très agréable : quand, à la caisse d’un magasin, je tends des billets qui ne sont pas rouges, bleus ni orange mais verts ou jaunes. Je dois presque toujours affronter des réactions affolées de la caissière, qui parfois va jusqu’à ameuter son responsable et bloquer toute la queue. Je saisis également les regards des autres clients…
L’autre jour, achetant un netbook pour pouvoir écrire plus facilement ce blog, j’ai suscité l’étonnement bruyant d’un jeune homme qui attendait derrière moi. « C’est des vrais ??? pas possible ! j’en avais jamais vu !! ». Tout le monde se retourne, la caissière, qui pour une fois n’avait pas l’air méfiante, examine à présent les billets d’un air soupçonneux. L’opération dure quelques minutes un peu déplaisantes comme toujours. Mais en sortant j’ai pensé que c’était le prix à payer pour faire partie de cette confrérie secrète…